Sonia est une jeune scientifique. Elle souhaite tenter une expérience inédite, mais ses aînés ne mettent à sa disposition qu'un matériel restreint et un local tout à fait inadéquat. La jeune femme va devoir improviser. L’improvisation, c’est son truc. Petite, elle mettait déjà à l’épreuve son environnement pour en découvrir tous les mystères. Depuis que sa grand-mère est atteinte de la maladie d'Alzheimer, Sonia n’a qu’une idée en tête : synthétiser la mémoire.
Elle observe les murs froids du sous-sol, qu’on lui a désigné comme son « terrain de jeu ». Le matériel à sa disposition semble provenir d’un autre siècle. Le microscope est prêt à rendre l’âme. Mais Sonia ne peut pas rendre les armes face à ces difficultés. Elle se met à fouiller dans les cartons poussiéreux, découvrant d’autres technologies scientifiques inemployés depuis le XXème siècle. Avec un peu d’ingéniosité, elle se dit qu'elle pourrait bien transformer cet escape-game d’alchimiste en véritable laboratoire. Et si l'expérience réussissait, elle prouverait à ses aînés que l'innovation ne dépend pas du matériel, mais de l'esprit.
Alors, elle entreprend de nettoyer tout le matériel. Elle se créer un espace propre dans ce local si restreint. L’échantillon emmené avec elle est sa seule chance de réussite. Sonia consigne ses moindres faits et gestes dans un carnet. Elle ne veut oublier aucune donnée. Les manipulations s’accumulent dans la rigueur et le silence. Son visage crispé trahit sa grande concentration.
Deux mois. C’est le temps que ses aînés lui avaient donné pour mener à bien ses expériences. Pendant cette période, l’état de sa grand-mère s’est empiré. Alors qu’elle ne souffrait que de quelques pertes de mémoire, elle semble à présent peiner à tenir une conversation cohérente. Elle cherche les prénoms des personnes qui pénètrent, jour après jour, la porte de sa triste chambre. Sonia est arrivée à la date limite. Elle n’a pas réussi à synthétiser la mémoire. La maladie d’Alzheimer reste incurable. Elle a abandonné ses outils anciens au profit de sa mamie. Elle lui apporte des chocolats, et quelques sourires qu’elle ne fabrique pas au laboratoire. Même si elle le fait parfois par politesse, sa grand-mère lui sourit en retour. Sonia synthétise naturellement, dans sa mémoire encore jeune, le visage enjoué de sa mamie.
Elle se jure de ne jamais l’oublier.
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Commentaires (4)
C'est quand même très bien écrit, hein, mais j'ai vu la page en flou pendant toute ma lecture jpp
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