Suite de ce texte, inclus dans la trame de mon histoire « ZEN ». (c'est le 3ᵉ texte qui se passe le 27/06/2025)

« J’ai abusé du whisky, ou bien Zoran vient d’accepter mon offre ? Dans le doute, je me décale sur la droite. Il s’installe à mes côtés, sur le dos, les deux bras derrière la tête. Moi, je suis en vrac sans être contorsionniste, juste un con torturé. »

— C’est con, j’ai enfin des idées pour les devoirs de M. Benson.

— Du genre ? 

— Tu t’rappelles, la dualité ? 

Il hoche la tête sans me regarder. Mes paupières à demi-fermées ne doivent pas l’attirer : à moins que ça soit l’haleine ? 

— Le noir, le blanc. L’obscurité, la lumière. Tout ce merdier. Finalement, ange et démon aussi ça fonctionnait. 

— Oui.

Je crois que je l’ennuie. Pourtant, moi, ce sujet me saute aux yeux et m’inspire enfin. Et si, comme beaucoup, se tenaient sur mes épaules un ange et un démon ? Des créatures minuscules qui me dicteraient la voie à suivre. Celui aux cornes pointues, je le connais bien, il me ressemble : il aime le bon whisky. L’autre, avec son auréole, l’air contrarié, essaie de nous dire : « juste un verre aujourd’hui ». La dualité n’implique pas l’égalité dans les forces. Le démon chez moi mène la danse. Un fan de Dirty Dancing qui a trop forcé sur l’aspect « dirty ».

— Toi et moi, on serait un peu comme ange et démon.

Zoran semble toujours aussi intéressé par le plafond de ma chambre. 

— Pureté contre damnation. J’suis dégoûtée que tout ça me vienne que maintenant.

— Tu as quelques mois de retard. 

D’accord, mon colocataire a décidé de rester factuel. Jouons ensemble.

— Tu es le gentil élève qui réussit sa première année haut la main. Je suis l’étudiant que les professeurs n’ont jamais pu saquer. Celui qui se retrouve torché chez lui pour oublier que son avenir a été piétiné. 

Là, il se redresse sur ses coudes et daigne me regarder. Une expression rare recouvre son visage. Sa ressemblance avec un prisonnier vient de s’améliorer. Dieu que ce mec est doué. 

— Nico, écoute-toi un peu ! 

Je prête l’oreille, mais je n’entends rien. 

— Tu ne peux pas éternellement te victimiser.

— Et pourquoi pas ? 

— Parce que ça ne te fait pas avancer. 

Je soupire. Marre de ses discours moralisateurs. 

— Tu vas apprendre de tes erreurs. Cet échec à la GIPA n’est pas une fin en soi, il peut être l’aube d’un nouveau dépa...

— Arrête, par pitié, on en a déjà discuté. Je suis pas d’humeur.

Il se lève. Je repère ses mâchoires serrées : signe qu’il est vexé. 

— Je vais t’apporter un peu d’eau. Tu vas avoir une gueule de bois terrible. 

Il ne le voit pas, lui ? Que de nous deux, il y a celui qui se plaint et celui qui subit ? Il y a celui qui parle et celui qui écoute ? Pour moi, ça ne fait pas le moindre doute. Sur les épaules de Zoran se tiennent deux anges : l’un est un ancien démon, repenti. Il a suffi qu’il lui explique la valeur de la vie et il a troqué ses cornes contre une sublime auréole.

Je l’entends sortir un verre du placard et le remplir. J’aimerais l’observer, mais je ne peux que l’imaginer. Me redresser à présent serait délicat. Ma tête tourne, comme en orbite : pourtant, je suis à plat. 

— Tiens.

Je me rafraîchis. Je déteste me disputer avec lui. Déjà, parce que je l’apprécie. Personne de sensé n’aime se disputer avec un ami. La seconde raison, c’est justement qu’il a souvent raison. Il prend un malin plaisir à partager avec moi sa vision de la vérité. Elle m’apparaît d’abord comme un jugement alambiqué, puis, je réalise ma bêtise. Héritage de mon père : ce n’est pas parce que j’ai tort que je vais m’excuser. 

Le Glendronach souffle une drôle d’idée à l’ange sur mon épaule : ou c’est lui qui me souffle ma bonne action de la journée ? Les mots sortent de ma bouche, j’ai l’impression de les vomir. 

— Je suis désolé.

— De quoi tu t’excuses ?

Si Zoran est un soutien pour tous nos copains, avec moi il se fait tortionnaire. Je renie le patrimoine de mon père — l’ego — et il me demande de développer ? Probablement un nouvel élément de sa thérapie discrète. Pour un mec qui a passé ses premières semaines ici obsédé par des tomettes, c’est ironique.

— Excuse-moi d’en faire tout un cirque.

— Honnêtement Nico, ton côté dramatique, je le connais. Le plus préoccupant, c’est ton penchant pour les spiritueux. Ça, ça me rend malheureux. 

Un tortionnaire, je l’avais dit. Le poids de la culpabilité vient accompagner l’ange et le démon sur mes épaules

— Oui, cette fois, j’ai peut-être abusé.

Un hoquet ponctue mon affirmation. Quelle auto-dérision !

— Arrête, il n’y a pas de « cette fois ». Rappelle-toi, en octobre. À la fin du mois de février, en avril aussi. L’alcool ne t’aide pas à gérer tes émotions. Tu l’utilises en guise d’esquive face aux situations que tu ne veux pas gérer. Mais moi, Nico, moi je veux te montrer que cette triche là, tu peux la remplacer. Si tu ne te sens pas d’affronter une difficulté, appelle un ami. Ça n’a pas le même goût que le whisky…

Ah oui ? Il éveille ma curiosité.

— … mais crois-moi, ça peut se montrer bien plus utile. 

Discours d’un mec qui n’a jamais parlé avec une bouteille. C’est pas la peine, je perds ma lucidité. J’aurais dû le réaliser déjà quand je me suis excusé. 

— Cause toujours. Maintenant, si tu veux bien arrêter de combler le silence, j’aimerais dormir. 

Il s’exécute et je regrette qu’il ne résiste pas davantage. Là réside toute la difficulté avec les anges. Ils craignent de se brûler les ailes trop près des flammes du démon.

VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 16 Oct 2025 à 00h12
(oui j'ai tenté un jeu de mot genre "discours de soûl" au lieu de "dialogue de sourd", mais ça rend pas si bien !)

Le jour 11 et 12 sont partis en congés, on va voir s'ils reviennent ou si je les ignore jusqu'au bout (comme le n°5, oups)

13/31

Commentaires (2)

Avatar de Milou
VIP depuis le 02/01/2023
Milou le 16 Oct 2025 à 06h51
Mais Nico Il faut que son démon dégage jpp il est si relou avec le pauvre Zoran ;;
Avatar de Zukki
VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 16 Oct 2025 à 10h35
Nico l'incorrigible et Zoran l'adorable, on dirait le début d'une fable

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