Un oiseau vint un jour murmurer à l’oreille de Stetind l’histoire de son périple à travers le monde. La roche attentive s’imprégna de chaque couleur, chaque courant d’air et chaque odeur que lui contait l’oiseau. De sa masse rêche et grisâtre, Stetind n’avait jamais vu d’autre horizon que celui qu’il dominait.
Une alpiniste, un beau jour, parvint à gravir la cime d’Alpamayo. Dans l’euphorie de son exploit, elle prit le temps de narrer à la montagne tout ce qu’elle avait vu au cours de ses voyages et ascensions. En dépit de sa froideur de surface, Alpamayo écouta avec enthousiasme. Chaque intrépide qui osait affronter ses neiges éternelles lui apportait un petit bout du monde, et les hauteurs appréciaient ces contes.
Stetind, de ses alentours vallonnés ponctués de lacs cristallins, connaissait le moindre contour. Aussi le récit de l’oiseau lui parut bien étrange. Jamais la roche n’avait vu de blanc à perte de vue comme le décrivait le volatile. Quel pays fascinant ce devait être, là-bas, tout là-bas, au loin…
Alpamayo se ravissait de l’éclat rosé offert par le soleil couchant tandis que l’alpiniste reprenait sa route. Les mots qu’elle avait prononcés résonnaient encore au centre de la Terre. Alpamayo tenta de projeter la couleur astrale du crépuscule sur le paysage tout autour. À quoi pouvait donc ressembler une contrée colorée ? Aussi loin que portait son regard, la montagne ne distinguait que le blanc des flocons qui tissaient jour après jour ses atours.
Stetind rêvait à ce pays que l’oiseau avait appelé Pérou. Alpamayo savourait l’écho du nom Norvège. Et tandis que l’une des deux montagnes se perdait dans une idée immaculée perdue dans un pays de soleil, la seconde fantasmait l’horizon vert des plaines du Nord. En attendant le prochain oiseau, la prochaine alpiniste, pour entrecroiser leurs songes et échanger, l’espace d’une éternité fugace, leurs géographies respectives. Ainsi, peut-être les montagnes pourraient-elles enfin se rencontrer.
Petits écrits
- 1 - Intro
- 2 - Allitération en P de Serian
- 3 - Bienvenue
- 4 - Le chant du sabre
- 5 - Foehn Nox - Animorphe et garde royal
- 6 - Ce que dit l'épée
- 7 - Flynn Scifo - Loup-garou (sur un malentendu...)
- 8 - Tes couleurs
- 9 - Les ailes de Moon
- 10 - As-tu déjà rencontré un fauve sur le palier ?
- 11 - Quelque chose arrive...
- 12 - On the road again
- 13 - Thalassophobie
- 14 - En douze temps
- 15 - A douze kilomètres de lui
- 16 - Carnet Réunion
- 17 - Elles
- 18 - Utérus
- 19 - Souvenirs à la belle étoile
- 20 - Perce-voir
- 21 - J'invoque l'air
- 22 - Monde s-colère
- 23 - Atelier d'écriture - Photo inconnue
- 24 - Et la créativité disparut
- 25 - Il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent jamais.
- 26 - Ça rime et ça rame comme tartine et boterham.
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Je ne sais pas vous, mais je trouve que ce proverbe, "Il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent jamais", contient quelque chose de très triste. C'est ce que j'ai ressenti quand je l'ai lu pour la première fois : mon coeur s'est serré face à la fatalité de cette phrase. Au lieu de voir toutes les possibilités de rencontres entre les êtres et les choses qui ne sont pas des montagnes, moi, j'ai imaginé des montagnes qui n'avaient pas le droit de bouger. Des géants représentant la puissance, pourtant impuissants quant à mener leur destin.
C'est bête, parce que les montagnes ne vivent pas. Mais j'ai eu très envie d'écrire la rencontre à distance de deux montagnes destinées à ne jamais se déplacer : Alpamayo, la montagne péruvienne de presque 6000 mètres, et Stetind, la montagne norvégienne de 1400 mètres.