Et dire que je vais retrouver Amadeo cette année encore à l’université... ça ressemble à un rêve. J’ai la sensation que je vais vivre un second été. On ne s’est pas quittés du mois de juillet, toujours fourrés l’un chez l’autre. En août, la location d’un mobil-home dans un camping près de la mer nous a encore plus rapprochés. Les privates jokes multipliées, on ne cessait de rire à chacune de nos références ! Si le bonheur tenait en un instant, il serait contenu dans la journée du dix-sept Août. On entamait la matinée par une séance d’aquagym avec un animateur extrêmement motivé, en plus d’être sacrément canon. Amadeo me dévorait du regard dans mon maillot de bain deux pièces, choisi par ses soins à la boutique sur la plage. Le midi, il m’emmenait au restaurant et me complimentait devant les autres clients et le personnel. Après une courte sieste — ponctuée de câlins — une randonnée sous le soleil, bercés par un vent agréable, nous accueillait. Les photos devant les monuments ou les panoramas sont enregistrés en « favoris » dans mon téléphone. Quand je me perds dans ma galerie, je reste scotchée devant ce couple si stable et heureux. Amadeo et moi, ça paraît évident. En quelques mois, cet homme m’est devenu essentiel. Le soir de ce fameux dix-sept Août, le camping organisait une soirée blindtest. Notre binôme est monté sur le podium ! Entre Cindy Lauper et ABBA, nos concurrents n’avaient aucune chance ! Nous étions incollables, et chaque bonne réponse nous invitait à trinquer ensemble. Quand j’y repense, cette journée avait tout de parfait. En rentrant dans notre logement, quelque peu éméchés, il m’a tendrement embrassé. La porte s’est fermée simplement tandis qu’il me guidait jusqu’à la chambre. Mon t-shirt Nirvana a fini au sol, comme mon short, et tout le reste la minute suivante. La lune, pleine cette nuit-là, me permettait de distinguer les abdominaux dessinés d’Amadeo dans la pénombre. Ses bras musclés m’ont escortée jusqu’au lit, et son corps entier jusqu’au septième ciel. Ah, si je m’entendais penser... Si mes parents m’entendaient ! Ils me sermonneraient, c’est certain. « Linda, tu n’as pas honte ? Pour un garçon que tu côtoies depuis à peine quatre mois ? »
Non. Mon cœur est rempli de gratitude pour cet été magique. Il se prépare à vivre de nouvelles étincelles. Une romance à l’université : il y a de quoi rêver, non ?

Le campus n’a pas changé. Les murs beiges décrépis, les carreaux au sol, l’odeur dans les couloirs. Je m’oriente à l’intérieur comme si j’avais toujours vécu là. Je souris en croisant quelques visages familiers : une ancienne camarade de classe, la professeure de biologie, le technicien qui réparait sans cesse notre salle d’études... Tout le monde semble avoir repris un cycle de vie normal. Comme si nous sortions d’une sorte d’hibernation... Mais au soleil ! L’estivation. Je cherche le terme sur mon téléphone. Dingue, ça existe ! Les crocodiles pratiquent la léthargie pendant les périodes chaudes en s’engouffrant sous la vase. Bon, qualifier mon été de léthargie paraîtrait étrange compte tenu des activités sportives que nous avons pratiqués Amadeo et moi... Il faut que je lui en parle, ça le fera rire.

Où peut-il être ? Huit heure treize. Les premiers cours reprennent à huit heures trente. Peut-être qu’il fume à l’extérieur, j’ai dû le louper en rentrant. Comme mes pas m’ont naturellement guidée au deuxième étage du campus, je jette un œil par la fenêtre. Depuis ce point de vue, je saurai à quoi m’en tenir — et, surtout, si ça vaut le coup de descendre les escaliers pour les remonter dans dix minutes —.

Mon ventre se noue. Mon cœur est un feu d’artifice qui s’éclate en des centaines d’éclats lumineux... Qui, au final, s’éteignent, disparaissait, laissent place à l’obscurité. Amadeo, qu’est-ce que tu fous ? C’est qui cette nana, ses bras noués autour de ton cou ? Quel genre de mauvaise blague commence ainsi ? L’air se raréfie. Je perds pieds. L’incompréhension, le néant, le dégoût... La chute. Boum.


Quand je me réveille, une odeur de cappuccino m’apaise cinq secondes. Le temps nécessaire à mon cerveau pour me renvoyer ce stimulus désagréable. D’une part, la douleur à la tête. D’une autre, les maux causés par la trahison. La vie est dure, comme ce matelas. La lumière m’agresse. J’essaie de me redresser. Nouvelle décharge dans mon crâne. Un gémissement m’échappe.
— Oh, tu es réveillée ! Doucement, non non, vas-y doucement. Reste plutôt allongée ça sera mieux pour la douleur.
L’odeur de cappuccino revient. Cet homme en blouse blanche la transporte avec lui comme un parfum.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Tu as fait un malaise dans le couloir. Ça arrive fréquemment, les jours de rentrée scolaire... Sauf que tu t’es sacrément bien cognée la tête en tombant.
La faute à qui ? Amadeo va payer pour son attitude ! Et il paiera pour mes frais de santé ! Pour tous les paracétamols que je vais devoir avaler jusqu’à la fin de mon supplice.
— Pour le moment nous allons te garder en observation. Si nécessaire, tu seras transportée à l’hôpital pour avoir des examens approfondis. Est-ce que tu veux que j’appelle un ami à toi pour te tenir compagnie ? Un amoureux, ou un parent même ?
Quelqu’un à mes côtés ? Les randonnées ponctuées de rires me reviennent comme des flash-backs. Les repas en bord de plage. La complicité. La compagnie. Antonyme de solitude. C’est pourtant là tout ce dont j’ai besoin, pour l’instant.
— Non, ça ira. Je préfère rester seule.
— Comme tu voudras. Si tu as besoin de quoi que ce soit, appuies sur la sonnette rouge. Je ne suis pas très loin.
Il allie les mots à l’image en posant dans ma main une minuscule télécommande. Son bouton rouge, central, illustré d’un banal « S.O.S », ne pourrait pas être plus évident. J’ignore pourquoi, mais la vue de ce bouton pressoir me tire les larmes.
— Hey, hey, hey... Qu’est-ce qui t’arrive ?
Je sanglote comme un bébé. Incapable de prononcer quoi que ce soit, le menton fripé, la lèvre inférieure en avant pour que les sanglots s’échappent. Des petits cris de belette apeurée, voilà ce que je produis. Je suis ridicule. Ridicule d’avoir cru en une belle histoire entre Amadeo et moi. Ridicule d’avoir espéré vivre un second été. Ma scolarité est fichue. Comment je vais faire pour le croiser tous les jours ces neuf prochains mois ? Comment j’ai fait pour ne rien voir ? Pour croire au futur de notre histoire ?
L’infirmier me tend un mouchoir ; vraisemblablement trop fin pour éponger tout ce que mes yeux peuvent produire.
— Illiam ?
Une voix féminine, marquée par l’abus de cigarettes, retient l’attention du soignant.
— Excuse-moi, je reviens de suite.
Il s’éclipse un peu plus loin. La pièce reste néanmoins à l’image du campus : petite. Les bruits de couloir circulent vite à Manhed City.
Leur conversation me parvient, par bribes.
— Résultats de prises de sang... Lui a demandé ? Peut-être qu’elle... Tests supplémentaires ? … Médecin traitant à appeler... Pas l’idéal... Loupera les examens... Oui, probablement... Le terme de la grossesse va tomber pendant les partiels de fin d’année.
Le terme de quoi ?

VIP depuis le 14/03/2020
Zukki le 02 Nov 2026 à 16h19
Une première partie d'un truc écrit le 04/08/2026

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