Narrateur : Théodore

Je dois bien l’admettre par honnêteté intellectuelle, j’enrageais du fond de mon cœur de n’avoir pas été choisie pour être l’élu de Paxiam. J’étais déjà jaloux du nouveau souverain Léandre. Était-ce tous simplement mon égo qui m’aveuglait ? Je n’en étais pas certain… Ou mon désir de trouver ma place ? Peut-être était-ce là une hypothèse plus véridique que l’autre. Ah, mon père m’avait bien noirci l’âme en me donnant l’impression que je n’avais aucune valeur et ça Myriam n’aurait jamais pu le défaire même avec tout l’amour du monde. Je me réfugiais dans mes fantaisies, les plus fantasmagoriques, et je m’y accrochai trop. N’importe, j’avais été élevé par un esprit et j’étais un mortel, je connaissais affaire divine comme affaire humaine, n’étais-je donc point le parfait candidat ?

Pour me sortir de mes songes douloureux, ma mère adoptive me dit, alors, « Ne te tracasse donc pas pour si peu. Être souverain de Paxiam n’a jamais été ton destin. Ce n’est pas pour ça que je t’ai appris les arts de la guerre et du raffinement. Je considérais que tu serais un parfait bras droit pour l’élu de la prophétie. »

En colère, je lui criai, « Si tu savais que je n’étais pas destiné à devenir le souverain de Paxiam ! Pourquoi m’avoir fait croire que je pouvais être autre chose que ce que vous attendiez de moi ? (J’étais furieux, j’étais peut-être un peu déraisonnable.)

- Je ne t’ai jamais dit que tu étais destiné à être l’élu ! Tu as laissé ton orgueil t’aveugler ! »

Je partis consumé par la rage. Je mettais mis en tête une chose, leur prouver à tous qu’ils avaient tort de faire confiance à ce Léandre. Oh oui, défier les dieux, j’étais plutôt prétentieux. Je ruminai mes pensées sombres en passant entre les arbres de la forêt de Tefnouet. Je voulais leur montrer qu’il n’était pas l’élu, qu’il n’en était pas capable. Je voulais le tuer par jalousie. Je me préparais correctement pendant plusieurs jours à accomplir cette tâche en observant, en espionnant le château et les alentours à partir du village qui se trouvait juste à côté, j’étais minutieux dans ma folie. Je n’aurais jamais dû faire ça…

J’appris que Léandre aimait se promener seul dans ses jardins en soirée. Cela faisait de lui une cible parfaite. Il y avait quelques arbres et buissons, notamment un près des murs qui me permettrait d’accéder aux jardins sans le moindre problème. Je comprenais pourquoi il y venait, il y avait quelques choses de doux dans l’organisation des parterres et des fleurs. Quelque chose qui ne cherchait pas le raffinement, mais le naturel. Cependant, le soir venu de commettre mon forfait j’eus bien du mal à m’y résoudre. Peut-être une ombre stupide d’un remords ? Je bus un verre ou deux à la taverne, voire la bouteille de vin entière, peut-être même un peu plus, afin de me donner du courage. Je finis enfin par réussir à me rendre dans ces maudits jardins. Je glissai un peu de l’arbre, mais par chance, je tombai dans un buisson épais et plutôt moelleux, ce fut plus de peur que de mal. J’y trouvai rapidement ma proie. J’essayai de l’achever d’un coup de lame dans le dos, cependant il réussit à m’esquiver, il m’avait peut-être vu venir qui sait. Il me fit un doux sourire, chose qui me semblait surprenante.

Il me lança, « Tu sais, tu m’as l’air plus agile que tes prédécesseurs. Malgré tout, tu n’aurais peut-être pas dû boire autant ! Ça te ralentit ! (Je puais tant que ça la piquette ?)


- Ça tombe bien ! Je préfère les combats à la loyale. », affirmai-je et c’était vrai, en temps normal, quand la colère ne me prenait pas le meilleur de moi-même.

Je me jetai sur lui, il bloqua mon épée avec la sienne.

Il me demanda, « Pourquoi fais-tu ça ?

- Qu’est-ce que ça peut te foutre ?! », hurlais-je.

Je dois bien l’admettre ce n’était pas ni le vocabulaire, ni le comportement d’un noble chevalier.

« Tu sembles avoir un grief contre moi… Et j’aimerais savoir pourquoi je dois mourir selon toi ? (Il avait l’air si gentil, en prononçant ces mots, qu’il me faisait mal. J’aurais préféré qu’il m’insulte, qu’il soit en colère ou quoique ce soit d’autres sauf ça.)

- … Tu veux savoirs, hein ? Je pensais que j’étais digne de fonder le royaume de Paxiam ! »

Je lui inflige une légère entaille à l’épaule alors que je lui visais le cœur. L’alcool qui diminuait ma précision ou ma détermination qui me lâchait ?

Je continuais sur ma lancée, « Je croyais que le fait d’avoir le soutien d’un esprit, me permettrait de prouver à cette maudite Argine que j’étais digne d’accomplir cette foutue prophétie ! »

J’abattis ma lame contre la sienne comme on donnerait des coups de marteau. La colère me faisait verser des larmes. Cet homme-là était pugnace, il ne renonçait pas. Et bon sang, le regard vert émeraude qu’il avait, était en-plein de pitié pour moi. Je ne sais pas pourquoi cela me plongeait dans une rage folle, peut-être que c’était parce que dans le fond, j’avais compris qu’il avait les qualités d’un grand roi ?

Je frappai si fort avec mon épée que je finis par briser la lame de Léandre ainsi que la mienne. Tous deux nous fûmes chanceux qu’aucun éclat n’ait atterri sur nous. Cependant, prit dans toute mon ire1, je n’en pris pas même compte et je me lançai sur lui. Je voulus l’étrangler, mais il ne se laissa pas faire. Il me colla un coup de poing dans le visage. Tout l’alcool que j’avais bu ne me permit pas d’encaisser le coup comme il se doit. Je tombai sur le côté avec le nez en sang.

Léandre se releva et me dit, « Avons-nous fini ? »
Cela sonnait presque comme quelque chose qui ne m’était pas particulièrement adressée. J’essayai de me relever, mais je chancelai trop pour réussir à me tenir debout sur mes deux jambes.

Il continua alors, « C’est bon, je crois que… Qu’importe… Comment ça va ?

- Pourquoi ça n’irait pas ?! », crachais-je plein de haine.

Ce fut ce moment-là que je choisis pour vomir, aille, aille, j’étais un minable, un alcoolique et un raté, mon père avait raison. Je ne me sentis jamais aussi ridicule.

Léandre me dévisagea avant de s’exclamer, « Quel égo ! (Il me parut lasser par mon comportement.) De toute manière, malgré tes légères intentions meurtrières, je n’ai pas l’envie de te punir alors… Va-t’en ! »

J’essayai désespérément de reprendre mon souffle, et de ne pas m’évanouir devant lui. Je m’en serais trouvé honteux après ça, il était un si grand homme contrairement à moi. Je le menaçais de mon épée tremblante, me demandant bien, pourquoi je tremblais autant, ça ne pouvait pas être l’alcool, non ? 

Léandre avait un regard tellement dépité et tout autant que l’était le poids de ces mots quand il les prononça, « Je pensais que tu étais différant de ces autres assassins, cependant il semblerait que j’ai eu tort. Alors dis-moi, pourquoi trembles-tu tant au moment de porter le coup de final ? Aurais-tu donc peur ? (Il tuait ma détermination, il était bien trop bon, bien trop bon.)

- Moi ! Avoir peur de toi ? Non… Je n’ai pas peur de toi ! Je… Tu… Moi, je n’ai aucun grand rôle à jouer dans le destin de ce monde, je l’admets je ne suis qu’un jaloux. Je ne mérite pas votre pitié. (Je m’agenouillai devant lui.) Tu es le roi ! Mon roi ! Notre roi ! Et je ne le remettrais plus jamais en doute ! »

Puis il fallut que je m’évanouisse à ce moment-là, il devait penser que j’étais fou. Ensuite ce qui se produisit, je n’en eus pas la moindre idée. Je me réveillai dans un lit, ce n’était pas là où j’avais défailli. Je cherchais où j’étais, dans un grand lieu en tout cas, tout était confortable et les plafonds étaient peints. Je sortis afin de trouver, quel était ce lieu, lorsque je surpris une conversation entre Léandre, Myriam et un esprit qui je l’appris plus tard se nommait Argine. Le souverain semblait incliner à suivre les conseils de ma mère qui l’incitait à faire de moi un de ses chevaliers. Quant à l’autre, elle lui conseillait plutôt de se débarrasser de moi, car elle sentait que je n’avais que trop déjà le cœur corrompu. Ironiquement, au regard de mon implication dans une tentative de meurtre, elle me semblait être la plus sensée du lot.

Je fis savoir ma présence en protestant vivement contre ces allégations, il fallait bien me défendre après tout, je… Je ne me pensai pas si mauvais après tout. Ainsi Argine, abandonna le débat en voyant qu’elle n’arrivait pas à dissuader Léandre et je devins un des chevaliers de celui-ci, voire le meilleur.

Fin de la partie 2

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 14 Nov 2025 à 08h34
Vous aurez au moins l'occasion de voir aussi la totalité de la partie 2.

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