Narrateur : Antonin

La chute… La panique, j’avais cru mourir, j’espérais survivre dans le fond. Le sol, je l’avais touché, mais je n’étais pas encore mort, pourtant j’étais persuadé que cela n’allait pas tarder, une de mes côtes brisées avait dû percer un de mes poumons. Je crachai mon propre sang. Un hémothorax ? J’étais fichu dans l’état dans lequel j’étais. Miel m’avait expliqué à de nombreuses reprises à quel point c’était compliqué à soigner quand elle m’avait raconté les pires choses qu’elle avait vues dans sa carrière. Pitié, que quelqu’un vienne… Je sentais quelque chose me piquer dans la main quand je la serrai, je remarquai une broche en forme de papillon, j’avais dû l’arracher à Théodore quand je m’étais raccroché à sa chemise. C’était quelque chose de beau, et brillant, si brillant qu’une pie qui devait vivre dans l’arbre voisin essayait de me la prendre des mains.

Un petit coup de bec entre les phalanges pour essayer de me les faire ouvrir, je les ouvrirais bien petite pie, mais je n’y arrivais pas. J’étais trop faible, ou alors je m’étais cassé quelque chose. Je ne voulais pas mourir, j’avais encore espoir que l’on me sauve. Je regardai mon petit oiseau voleur, pour ne pas abandonner. Il faisait œuvre d’habilité pour me prendre ma broche, il était tenace, il la voulait vraiment. Il jacassait1, car il était fâché, ce n’était pas un chant que ses sons, c’était un bruit que faisait cet oiseau. Ma pie jacasseuse et voleuse s’enfuit pris par la peur. Je n’avais pas bougé pourtant. Je vis un pied de femme ; j’allais peut-être enfin être sauvé ?

Elle me demanda troublée, « Que s’est-il passé ? (Je crus reconnaître la voix d’Argine, je ne l’avais pas beaucoup entendu, mais elle en avait une qui était unique. Une voix qui sonnait comme des carillons qu’on avait harmonisés.)

- Théo-dore. », réussis-je à articuler avant de défaillir.

Ce n’était pas la fin de tout pour moi. Il y avait une lumière qui s’offrait à moi, Argine, un esprit, une des messagères des dieux était venue à mon secours, j’étais béni des dieux, merci Ludie pour me permettre de revoir à nouveau la lueur du soleil. J’étais heureux de pouvoir voir encore la lumière du jour, alité, certes, mais vivant. J’analysai un peu ce qui se trouvait autour de moi, c’était une maison dans la forêt, enfin, maison, le terme était exagéré c’était plutôt une cabane de bûcheron. Vous pouvez vous figurer le tableau, je suppose. J’étais dans un lit dont le matelas était rembourré de paille, sur un cadre de lit en bois. Le tout était posé près d’une fenêtre, ce qui me permettait de contempler l’extérieur. Je regardai un peu partout dans la cabanette, et vis Argine en train de préparer quelque chose.

Elle remarqua que j’étais réveillé et demanda, « Que s’est-il passé avec Théodore ?

- Il m’a jeté du haut des murailles dans un coup de colère. », j’avais une mine sinistre en répondant à sa question.

« Quoi ? Attends, pourquoi était-il fâché ? (Elle me regardait surprise.)

- Je lui ai demandé, s’il allait bien suite à la mort de Léandre. Il m’a presque insulté, c’est là que j’ai compris qu’il avait quelque chose à se reprocher. (Je souffrais en y repensant, c’était difficile à raconter.) Enfin, je l’ai surtout compris quand il m’a frappé, alors j’ai dit qu’il était aussi monstrueux que notre père et il m’a jeté dans le vide.

- Il est… Il est perdu. (Elle semblait aussi abattue que moi.) Comment as-tu obtenu cette broche ? (Je me demandai bien quelle importance cela pouvait bien avoir.)

- J’ai dû l’arracher à Théodore, quand on s’est battu…

-Elle t’as sauvé, je lui avais donné, car je voulais être là le jour, où il aurait vraiment besoin de moi. On peut dire que j’ai bien fait.

- Il a… (Je déglutis.) A-t-il vraiment tué Léandre ?

- Il semblerait… Il a donc enfin cédé à sa jalousie. », dit-elle consternée.

Il n’y avait rien à ajouter, c’était la vérité. Il allait de soi que cela me faisait souffrir, c’était mon frère après tout. Je demandai du papier ou au moins quelque chose sur lequel je pourrais écrire. Ce n’était pas pour des raisons fantaisistes, c’était pour rassurer ma femme. Le seul problème était de lui envoyer le message. Je vis alors un corbeau taper à la fenêtre, je l’ignorais d’abord, mais devant son insistance, je finis par ouvrir. L’oiseau se jeta à l’intérieur.

Il se posa sur mes jambes, me regarda fâché et s’exclama, « Idiot ! Pourquoi me laissais-tu dehors ? Ne m’as-tu pas reconnu ? Ou alors l’as-tu fait exprès ?

- Merlin ?! Pff, un corbeau est un corbeau, ne me blâme pas. (J’étais agacé, je n’étais pas d’humeur pour ses bêtises.)

- Coi-Coi ? Un humain est un humain, ne me blâme pas Alexandre. (Touché.)

-Oublions… Que viens-tu faire là ? (Il époussetait son plumage.)

- J’ai vu ce que Théodore a fait lors de ma promenade matinale. J’en ai informé Alexandre, et il m’a envoyé ici ! (Il s’étirait les ailes, j’avais l’impression de terriblement l’ennuyé.) Donc me voilà ! », cria-t-il enthousiaste.

Il alla se poser sur la table, je remarquai alors qu’Argine était partie, je suppose que c’est pour cela qu’elle ne s’était pas étonnée de Merlin, l’oiseau qui parle. Il prit la broche dans son bec. Était-ce à cause de sa nature de corvidés ? C’est qu’ils aiment le brillant ces oiseaux-là.

Il la plaça sous ses serres avant de dire, « Cet objet est rempli de magie. Il me servirait bien pour maintenir une forme humaine à l’occasion.

- Cesse de mentir, Corvus. », lança Argine qui venait de rentrer.

« Corvus ? Tu me confonds avec un autre corbeau. (Il s’ébroua avec force et serra d’autant plus la broche.)

- Tu es un esprit, Corvus, arrête tes petits jeux malsains, je sais que tu fuis en avant, car tu ne veux pas servir les dieux.

- Non ! Je suis Merlin ! Le familier immortel d’une sorcière, coi-coi, j’ignore de qui vous me parlez. (Il me paraissait mentir au regard de son expression.)

- Très bien, je vais te faire révéler ta véritable apparence. (Elle le saisit et l’obligea à se changer en humain.)

- Laisse-moi tranquille ! (Il la repoussa avec sa magie.)

- Tu veux te battre Corvus !?

- Je suis Merlin ! », cria-t-il.

Il s’écroula à terre en crachant du sang, j’eus un élan de panique et je me levai. Qu’il soit vraiment Corvus ou Merlin, ça n’avait pas d’importance pour moi. Certaines personnes veulent seulement oublier leur passé. Je m’interposai, entre eux deux. Il reprit sa forme de corbeau, Argine lui lança la broche qu’elle avait ramassée par terre, il l’a pris dans son bec et se transforma à nouveau un humain grâce au pouvoir contenu dans le bijou.

Elle répondit, « Tu es donc enfin prêt à avouer la vérité, Corvus.

-Je ne suis pas, bon si tu insistes tant je vais t’expliquer Argine. Je ne suis plus Corvus, je suis Merlin. (Qu’est-ce et que faisais-je au milieu de ça ?) Argine, je ne veux plus, je renonce à être un esprit. (Il se reprit comme s’il avait commis un impair.) Enfin, disons que c’est ce qu’il vous dirait, s’il était encore là. (Ça devenait complexe.) Il m’a créé avec sa magie, et il a ainsi donné sa vie pour me permettre d’exister. Ensuite, je suis devenu le familier d’une sorcière et maintenant je suis au service d’Alexandre.

- Je sais qu’il est parti à cause de nos divisions internes, mais… Il va me manquer. Tu peux garder la broche, je t’en fais cadeau, elle te permettra de garder ta forme humaine. (Il la remercia.) Il va être difficile de ne pas te confondre avec Corvus, Merlin, tu lui ressembles trop.

- Je sais. Pouvons-nous parler en privé ? », dit-il.

Ils sortirent, je supposai que ce n’était plus mon problème. Bien que je me demandasse, ce qu’il pouvait bien avoir à lui dire seul à seul. Je repris ma lettre à destination de ma femme, je la trouvais ridicule. C’était sans importance, elle faisait son travail. Il me restait un problème, comment l’envoyer ? Je me rappelais alors que j’avais appris un sort pour ce faire dans un livre à la bibliothèque. J’essayai de m’en souvenir, après quelques essais infructueux, je réussis finalement. Je devenais, meilleur et meilleur à la magie chaque jour qui passait et j’étais tellement fier de moi. Je prouvai ainsi à mon père que je n’étais pas un incapable. Désormais, c’était réglé, il me restait du temps pour penser.

Théodore, Théodore, c’était la seule chose que j’avais en tête. Ma chute me hantait, la trahison de mon frère, ce qu’il avait fait. Comment en était-on arrivé là ? C’était la faute d’Aster encore une fois, il avait ruiné sa vie en le rejetant si jeune. À cause de ça, il devait penser qu’il fallait qu’il prouve sa valeur à tous. Alors, il avait pris la position la plus importante qui soit pour tous les royaumes et tous les habitants, et il s’accrochait à son pouvoir comme un chien affamé à son os, et il tuera tous ceux qui s’opposeront à lui, il détruira tous ceux qu’ils voient comme des menaces. Il a pris le chemin vers la folie, et je me demandai bien comme le sauver, comment le sortir de là. Était-ce même encore possible ?

Cependant, il me fallait d’abord parler à tout prix à mon père, j’avais des comptes à régler avec lui. J’avais obtenu d’Argine qu’elle utiliserait ses pouvoirs pour me permettre de converser avec lui, comme un fantôme, une chose un peu fantasmagorique, en somme.

Ça me faisait étrange de voir le monde sans pouvoir le toucher, mon père aussi me donner cette impression d’étrange. Il était presque mort, j’entendais son souffle rauque empêtré. Je m’approchais, il était dans un mauvais état. Il était tellement maigre que je voyais son squelette à travers sa peau. Je n’osais rien dire.

Il articula, « Théodore… Je suis désolé.

- Je ne suis pas Théodore. », répondis-je.

-Alors lequel de mes fils indignes es-tu ? (Il me regarda plus en détail.) Antonin… Pourquoi perds-tu ton temps ici ?

-Que… ? (J’étais un peu perdu par sa dernière question.)

-Je pensai que tu savais que je n’en valais pas la peine, que tu étais plus malin que ça… (Il tendit la main vers moi, ses doigts passèrent à travers ma projection et il eut une peur panique.)

- Eh bien, après tout, tu m’as démasqué, je suis la mort et je viens te chercher avec le visage de ta plus grande erreur en vengeance pour tes crimes. (Il était encore plus blême qu’il y a cinq minutes en entendant ça. Mon père se calma rapidement.)

- Non, tu n’es rien de tout ça, tu n’es qu’une création de mon esprit malade ! », cria-t-il

Il fit un geste comme pour me chasser. Ça ne fonctionna pas bien sûr, il fit ensuite comme si de rien n’était, comme si je n’existais pas. Il me semblait souffrir gravement, je mettais moqué en me faisant passer pour un émissaire de la mort, mais j’avais eu tort et c’était un jeu cruel de ma part.

Mon père souffla quelques mots, « Pourquoi es-tu encore là ?

- Il nous faut parler… (Je pris un air sérieux.)

- Disparais, illusion, je refuse de converser avec toi. », dit-il avec une conviction qui me fit douter de sa santé mentale.

Je voulus lui rendre une réponse qui contenait tout ce que j’avais sur le cœur lorsque, j’entendis la voix de Merlin crier à Argine, « Coi-Coi ! En nous y mettant à tous deux, nous pourrions le téléporter directement là-bas plutôt qu’il ne soit qu’une simple projection astrale. »

Je sentis alors le plancher de la chambre, ce fut du rapide, il n’avait qu’à peine formulé l’idée qu’elle était déjà faite. Je me rapprochai du lit, Aster releva la tête en entendant mes pas sur le parquet.

Mon père ne me regardait pourtant pas et s’exclama, « Théodore, vil fourbe, tu n’as pas hésité à tuer ton meilleur ami, Léandre et tu as aussi tué ton frère, Antonin. Tu as enfin pris une place qui était digne de toi.

- Je ne suis pas Théodore ! (Je ne pouvais plus entendre ce nom-là.)

- Oui, je sais tu es le fils mort, celui que Théodore a abattu dans son courroux. Tu viens me conduire dans l’au-delà.

- Je suis bien réel et vivant ! (Je lui saisis la main avec violence, je m’aperçus alors qu’il était fiévreux.)

- Tant mieux, mon seul fils indigne de moi. (Il me prit la joue du bout des doigts.) Tu es le seul dont la dignité de l’âme me dépasse largement.

-C’est de la jalousie… C’est pour ça que tu me haïs. Tu as aussi ruiné la vie de Théodore, regarde ce qu’il est devenu ! Pauvre minable, ça fait longtemps que tu aurais dû mourir !

- Antonin, tu te mets à parler comme ton grand-père, il disait souvent que j’aurais dû être mort. Aucun de vous ne l’a connu et c’est tant mieux. (Il me dévisagea.) Surtout toi Antonin, il t’aurait tué ou alors il t’aurait transformé en démon comme moi. Après tout, tu lui ressembles physiquement. (Il me prit la main.) Tu dois te dire la même chose à mon sujet sauf que toi tu as réussi à devenir diffèrent. Félicitation pour ton mariage, je te souhaite tout le bonheur du monde… Ton frère, je sais qu’il… Il me l’a raconté, mais aide-le s’il te plait. »

Cela méritait réflexion, je ne pouvais pas promettre cela comme ça. Je voulais aider, mon frère, mais peut-être était-il perdu définitivement ? Je sentais alors une présence dans mon dos, quelque chose qui me glaça le sang, je n’osai pas me retourner.

Une voix s’exclama, « C’est donc toi que Théodore aurait tué, son frère.

- Et tu es ? (Je me retournai vers la femme.)

- Vitae, la déesse de la vie. Il nous faut parler. (Sa voix me glaçait le sang, elle était comme le plus froid des hivers.)

- Très bien, allons-y. », dis-je résigné, mais confiant.

Elle avait une magnifique demeure dans la forêt, je la regardai plus en détails. Vitae, elle avait un regard cruel, mais elle faisait semblant d’être douce et tendre, je la voyais à sa pose et à son sourire contrefait, elle portait un masque de mensonge. Elle m’analysait aussi, c’était évidant.

Elle me demanda, « C’est quoi ton petit nom déjà ?

-Antonin… Que me veux-tu ? (J’étais soucieux.)

-Ton frère est d’une instabilité légendaire… Et tu as survécu et le problème est… Tu aurais dû mourir, ton petit frère s’en serait mieux porté. (Théodore avait trouvé une fréquentation qui le tirerait encore plus vers le bas. Je voulais le sauver de cette femme monstrueuse.)

- Comment ?! Ne serait-il pas ravi de me savoir vivant ?

-Mignonnement naïf… (Elle me prenait pour un pigeon.) Ton frère va surtout venir finir le travail dès qu’il s’apercevra que tu vis encore. Il est distrait pour le moment avec d’autres affaires, mais il viendra bientôt.

- Je me défendrais… (Cela semblait l’amuser trop, beaucoup trop.)

- Contre un dieu ? (Je reculai terrifié, et je m’embronchai les pieds sur le canapé qui était derrière et je tombai dessus.) Quoiqu’il aurait pu rester un humain il n’aurait eu aucun mal non plus. (Elle s’assit à côté de moi.)

- C’est faux, je me protégerai… Il n’oserait pas de toute manière. (Je pleurai, car je savais qu’il le pourrait.) Pourquoi me dire un pareil mensonge ?!

- Parce que… (Elle me saisit par le collet, j’essayai de me battre, mais que voulez-vous une déesse contre un mortel…) Je veux lui offrir un joli cadeau de fiançailles.

- Quelque chose de normal, ça vous coûterait ? », répondis-je sarcastique.

- Non, mais… Je sais ce qui lui fera plaisir. », susurra-t-elle à mon oreille.

Je devais faire mes prières, la mort m’a raté une fois et elle veut sa revanche. Misère, la vie me déteste donc à ce point-là ?! Pitié, mon frère, ne me tue pas…

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 04 Déc 2025 à 13h12

Commentaires (0)

Cette image n'a pas encore reçu de commentaires.

Poster un commentaire

Vous devez être inscrit et connecté pour poster un commentaire.