Narrateur : Antonin

J’avais laissé Théodore en espérant qu’il réussisse à se réconcilier avec Bohort. Je le savais mon ainé, voulait sûrement lui parler, mais il avait trop honte ou il était trop timide pour le faire. Aster, enfin, notre père avait tout fait pour se débarrasser de moi son fils inutile, je comprenais la souffrance de Théodore. La raison ? Eh bien, je n’avais pas le cœur du guerrier qu’il aurait aimé que j’aie, alors il apprit à me détester. Après tout, je n’étais pas le parfait petit chevalier qu’il voulait faire de moi, je n’étais qu’un pauvre petit garçon sensible, qui était effrayé par ce monde de guerre et de violence. Pourquoi me rassurait quand on pouvait me rejeter ? Je me pose parfois encore cette question.

Ce qui m’étonnait le plus avec Théodore c’est qu’il l’appelait toujours père et pourtant c’est bien celui d’entre nous qu’il l’avait le moins bien connus. Peut-être était-ce pour ça ? Il semblerait qu’Aster comptait beaucoup pour lui. S’il savait qu’essayer de gagner son approbation lui coûterait bien plus qu’elle ne lui apporterait. Il le comprendra bien vite en lui parlant un peu plus.

Je me promenais dans les couloirs du château quand je tombai sur l’homme sinistre qui occupait mes pensées actuelles, celui qui avait ruiné nos vies. Il me toisait, il avait l’air d’avoir besoin de mon aide. Ses yeux marron avaient une façon d’être qui me montraient qu’il était soucieux. J’hésitai à l’écouter, mais je sentais bien qu’il allait trouver un stratagème pour m’obliger à faire ce qu’il voulait. Alors à quoi bon s’embêter ?

Aster m’affirma, « Alors, tu t’es réconcilié avec ton frère.

- Oui, bien sûr… Votre majesté n’est pas satisfaite ? (Il eut un sourire désagréable.)

- Non, mon fils. (C’était prévisible.) J’ai une mission à vous confier pour lui montrer tes compétences. Fais-moi honneur, pour une fois !

- Très bien, mon seigneur ! Quelle sera notre quête ? (Voilà, ma chance de lui échapper, je priais que le seigneur Léandre soit plus agréable que lui.)

- As-tu entendu parler de la légende des Hérauts De L’enfer ? (Je tremblais déjà, je ne la connaissais que trop bien.) Je veux que vous vous débarrassiez de ces individus… »

Il tourna les talons me laissant en proie à une grande panique. Je baissai le regard songeant, les Hérauts De L’enfer… Les Hérauts De L’enfer… Nous sommes condamnés… La panique me dévorait. Comme un golem qui n’avait reçu aucun ordre, j’errais et je finis fatalement par me diriger vers les jardins. Mon frère Bohort me héla me demandant de venir voir quelque chose. Il y avait comme un terrier auprès d’un arbre, un chêne dont les racines étaient entremêlées. Je me baissai pour regarder ce que cela était et il en sortit subitement une tête aux longues oreilles. Je tombai sur le derrière sur le coup de la surprise. Le lapin finit par sortir entièrement de sa demeure et je me sentis alors bête d’avoir eu peur d’un lapin adulte certes, mais un lapin tout de même.

Bohort riait à gorge déployée, je m’empourprais à cause de la honte. La petite bête bondissait vers moi et semblait prendre plaisir à profiter de mon trouble. Je devais m’imaginer des choses...

Mon frère me lança « Ne me dis pas que tu as peur des lapins ?

- Je ne te le dirais pas », répondis-je, agacé.

« Enfin, tu tirais une de drôle de tête avant que je ne te distraie avec ce lapinou. C’est Théodore qui t’a dit des méchancetés ? (Il me donnait le plus aimable et tendre des sourires.)

- Non, c’est Aster, enfin, je veux dire notre père, il m’envoie ou plutôt moi et Théodore tuer Les Hérauts De L’enfer.

- Il a perdu l’esprit… (Il parut ailleurs en disant ça.) Il veut faire une pierre deux coups en se débarrassant de vous deux… Merdes ! Ils vont vous occire pour sûr ! Qu’il soit maudit ! (Il me prit dans ses bras.)

- Théodore me protègera… Et j’ai appris quelques sorts de soin par-ci par-là, je devrais pouvoir l’aider. (Je m’échappais de son étreinte fraternelle.)

- Tu es fou ! Ce n’est pas si simple ! Tu as oublié mon frère ! S’ils ont obtenu ce nom-là ce n’est pas pour rien ! (Il était inquiet pour moi et il ne me rassurait pas du tout ainsi.)

- Je sais… Ils ont dévasté des villages entiers. Ils sont deux, des jumeaux, il paraît. (J’avais peur, j’étais terrorisé, mais, je pensai que cela serait une bonne occasion pour débarrasser le monde de ces deux monstres.) Cependant, Théo et moi nous réussirons, il le faut. Aster ne nous laisse pas le choix.

- Alors profite de tes derniers jours sur terre comme eux profite de leurs premiers jours. », dit-il en pointant, des lapereaux qui étaient sortis du terrier et bondissaient de partout.

Bohort en attrapa un puis me le donna à caresser. La petite bête aux longues oreilles tremblait dans mes bras, mais bientôt je la rassurais avec la tendresse de mon âme et de mon caractère. J’eus alors envie de lui trouver un nom, mais je ne savais pas comment la nommer. Elle avait des taches noires et blanches qui la faisait ressembler à un damier. Je crois que je venais de trouver son nom. Je n’eus pas le temps d’y penser plus qu’elle s’échappa de mes mains au moment où Théodore arriva. Il était de mauvaise humeur cassant ce moment poétique. Je me demandai bien ce qui avait pu lui arriver.

Je pris mon courage à deux mains et lui expliquai la mission que notre père nous avait confiée. Il ignorait qui était ces deux hommes alors je lui expliquais cela en tremblant.

Il me toisait en disant cela, « Et personne ne leur a donnait la chasse avant ?

- Non… Enfin, peut-être que certains ont essayé de résister, mais ils se sont fait massacrer. (J’étais intimidé par sa présence plus que par l’idée de notre mission future.)

- N’importe, voilà, une excellente occasion de nous débarrasser d’eux et d’accomplir une mission qui donnera un peu plus de paix dans ce monde.

- Oui... », dis-je apeuré.

« Théodore, mon frère, je crois qu’Antonin, n’est pas aussi confiant que toi à ce sujet. », s’exclama Bohort.

« Depuis quand tu te soucies autant de ta famille ?! », répliqua Théodore en colère.

- Du temps a passé, mon frère, beaucoup de temps… Dix-sept ans, ce n’est pas rien. J’ai changé depuis, voilà tout. Cependant, je puis comprendre que nous soyons presque des étranges pour toi maintenant et que tu n’es pas les meilleurs souvenirs possibles de nous. Seulement, profite du fait que le destin, nous fasse recroiser ta route pour renouer avec nous. Au moins avec nous deux, père, lui n’a jamais changé… (J’étais touché par ses paroles, et je remarquai que Théodore le fut aussi.)

- Tu as raison, pardonne-moi et Antonin, je te le jure, je ne laisserai rien de mal t’arriver ! », s’exclama Théodore emplie de confiance.

Il semblait certain de notre victoire et pressé de se mettre en route. J’avais pourtant été celui qui avait été entrainé aux arts de la guerre par la volonté de notre père et c’était pourtant lui le véritable guerrier. Il aurait rendu fière notre géniteur si nos rôles avaient été inversés. Tout comme Aster chaque ennemi qu’il rencontrait sur la route était anéanti en un éclair par lui seul. S’il avait été mal intentionné comme Les Hérauts De L’enfer alors il aurait sûrement fait plus de dégâts qu’eux. J’étais enfin confiant dans notre triomphe, mais d’un autre côté, j’étais inquiété par ses tendances à la violence plus que par une résolution pacifique.

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 21 Nov 2025 à 09h32
La suite des mauvaises aventures de Théodore et d'Antonin.

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