Narrateur : Léandre

Enfin, le grand jour était arrivé, Antonin avait triomphé, tout était parfait, n’est-ce pas ? Les dieux seront satisfaits de voir que j’ai accompli ma mission. Il ne me restait plus qu’à accomplir les derniers préparatifs avant la cérémonie pour célébrer notre réussite. Cela ne me sied pas comme rôle. J’avais l’impression de porter un costume trop grand pour moi, ce n’était pas de l’humilité, ce n’était même pas un manque d’estime de soi, c’était simplement le fait que je ne voulais pas ce rôle-là. Mais, enfin, tout le monde veut le rôle de l’élu, du héros, mais ça c’est la vision du spectateur, quand on y est, c’est moins drôle. Je suis le roi, toute faute tombe sur moi, si un de mes chevaliers faute alors c’est moi qui faute. Après tout, c’est moi qui les ai choisis, c’est moi qui les nomme, ils partent en mission en mon nom. Toujours en mon nom, je suis l’élu, je dois accomplir ma mission et en plus de planifier tout cela, je dois régner sur un royaume. C’est de la folie… C’est trop demander, tout repose sur mes épaules. Je maudis mon sort, je maudis Argine, je maudis ces dieux qui m’ont choisi.

Argine me lança, « Félicitation ! Tu as réussi, je savais que tu étais digne de confiance !

-Oui, Ô grande Argine, merci à toi. (Je me frottai le visage.) J’ai le trac, il va y avoir beaucoup de monde pour cette cérémonie.

- Courage ! (Elle se reprocha de moi.) Tu t’y habitueras beaucoup voudront voir celui qui a accompli cette mission divine.

- Misère, protège-moi Argine. (J’étais lassé.)

- Oh oui bien sûr ! Je limiterais les réunions autant que faire se peut. J’essayerai de faire en sorte à ce que les habitants ne t’ennuient pas trop. Je vais voir si les préparatifs sont bien achevés, je te laisse. »

Elle partit, celle m’avait redonné le sourire. Le poids de la couronne s’était allégé sur ma tête. Je regardai avec joie mon visage dans le miroir, je commençai à répéter mon discours pour m’échauffer avant la cérémonie. Je m’interrompis alors quand je vis Théodore dans la glace.

Je lui demandai, « Que me veux-tu ?

-Oh, pas grand-chose ! (Il avait un sourire agréable.) On en a parcouru du chemin depuis notre rencontre.

-Oui, tu avais essayé de me tuer ce jour-là. (Je rigolai en pensant à l’absurdité de cet évènement et là où ça nous avait conduit.)

- J’étais un jaloux, mais je n’ai plus aucune raison de l’être maintenant. (Il me semblait sérieux, alors je compris qu’il voulait une vraie discussion.)

-En effet, être l’élu ce n’est pas de tout repos, arranger les affaires du royaume, c’est épuisant. Tu ne peux pas comprendre, je suppose.

-Certes… (Il avait un sourire qui m’inquiétait un peu désormais.) Je connaitrai pourtant bientôt le fardeau du règne.

- Que veux-tu dire ? », demandai-je étonné.

J’eus à peine le temps de me retourner qu’il m’avait poignardé dans le ventre. C’est donc ça qu’il avait en tête. Je ne trouvai rien à y répliquer, j’aurais dû m’y attendre. Il quitta la pièce sans la moindre explication, me laissant agoniser seul dans une mare de sang. Il m’avait percé le poumon, à chaque fois que j’essayai de parler, je ne réussissais qu’à cracher du sang. Personne ne viendrait me sauver, je mourais seul. Quelle sensation affreuse, que d’essayer d’appeler à l’aide et de ne pas pouvoir ! Quelle horrible sensation que de devoir se battre pour une petite bouchée d’air supplémentaire, que de cracher du sang à chaque expiration. Je pouvais pourtant entendre la cérémonie, je pouvais entendre la voix de Théodore à l’extérieur.

Il disait avec solennité, « Je suis au regret de vous annoncer une nouvelle affreuse, notre souverain a été assassiné. Les responsables de ce crime odieux seront traqués ! (De qui se moque-t-on ?) Vous vous inquiétez sûrement pour votre avenir, mais rassurez-vous, (Votre souverain se meurt dans son sang et je l’ai assassiné !) il a désigné son successeur avant de mourir. Il m’a désigné, moi, Théodore son fidèle bras droit, ce serait insulter sa mémoire que de refuser. »

Ma mémoire ? Tu t’en moques bien… Tu me laisses agoniser sur le sol, me noyant dans ma propre lymphe, après m’avoir lâchement poignardé. Je ne voyais plus, enfin, flous, la mort approchait. Je n’aurais jamais cru mourir ainsi, trahis par un ami et abandonné dans mon trépas. Après tout, ma mission était accomplie n’est-ce pas ? Les dieux n’avaient plus besoin de moi, alors, ils m’avaient abandonné, et ils me laissaient mourir, après avoir abusé de moi. Quelle ironie… Qu’ils soient oubliés ces êtres prétentieux. J’entendis une voix derrière la porte, je n’arrivais pas à discerner ce qu’elle disait. J’espérais qu’il ou elle rentre pour que le complot soit révélé. Je n’avais plus aucun espoir de m’en tirer.

J’entendis la porte s’ouvrir, une voix crier, « Horacétius, dépêche-toi nous sommes presque arrivées trop tard !

-Oui, j’arrive ! Je vais faire de mon mieux. », dit celui-ci précipitamment.

Il essayait de me soigner avec sa magie, mais c’était vain, je ne pouvais que mourir. Celui qui l’accompagnait, me prit la main et me murmura des paroles d’encouragement. Au moins, je ne serais pas seul dans mes derniers moments.

Mon père lui lança, « Ça ne sert à rien ! (Son partenaire le regardait bizarrement.) Je veux dire de lui parler, il a probablement dû perdre connaissance.

- Non, il est encore conscient, j’en ai l’impression. Il vivra, je le sens. (Il disait ça avec tant d’espoir que j’en pleurai de joie.)

- Léandre, je suis désolé, j’aurai dû te protéger. », articula Horacétius.

J’entendis alors Théodore crier, « Les assassins sont dans cette pièce ! Capturez-les ! »

Horacétius regarda le jeune homme, puis il porta son regard sur moi avant de dire, « Nécronion, prends Léandre avec toi, je connais un passage secret qui te mènera à l’extérieur, ensuite retrouve Courage, ma jument et utilise la pour retourner à la forêt de Naturae. »

Le dit-nommé ne protesta pas, il ne dit même pas un mot, il s’exécuta en me prenant par le bras. L’autre fit ce qu’il avait dit, il ouvrit le passage secret et on s’y engouffra avant que les gardes ne rentrent. Je m’aperçus alors que Horacétius ne nous avait pas suivis, mais avait refermé la porte derrière nous. Nécronion, ancien dieu de la mort, Argine, je n’avais pas oublié ce que tu m’avais dit, la proposition que tu m’avais faite, j’aurais peut-être dû accepter finalement. Il m’avait trainé sur son dos sur plusieurs mètres, en effet, je n’arrivais même pas à soutenir mon corps avant qu’il ne me posât contre un mur et ne s’assit en face.

Il me lança, « Savais-tu que ton ami Théodore était devenu le dieu de la mort ? (Quoi ? Il se tenait la tête en bas de sorte que je ne puisse pas voir son visage.) Je vois que tu l’ignorais ; ah oui, tu veux savoir un truc marrant ! C’est hilarant, vraiment, ma mère qui me déteste, se tape mon successeur. (Il avait un rire sombre qui me terrifiait.) Mais assez parlé de moi, je suis trop égoïste. Peux-tu marcher ? Au moins un peu ? »

Il avait un ton agréable en posant sa question. J’articulai quelque chose, mais je crains qu’il ne m’entendît pas. Nécronion se rapprocha de moi, en s’asseyant à mes côtés.

Je répétai donc, « Je ne crois pas, je suis désolé.

- Ce n’est pas grave, tu ne vas pas t’excuser d’avoir trompé la mort. Nous nous reposerons un peu avant de partir. Rassure-toi une fois sortis, c’est Courage, cette bonne jument fidèle qui te portera.

-Pourquoi m’aides-tu ? (Son visage s’assombrit.)

- Je t’expliquerai plus tard. Je n’ai pas envie de parler de ça pour le moment. (Il regarda vers là d’où on venait.) Horacétius, j’espère qu’il va bien. »

Moi aussi, je l’espérais… Il m’avait élevé, je lui devais au moins ça. Il m’avait donné de l’amour, de l’affection, de l’attention et une bonne éducation. C’était les meilleures années de ma vie. Je regardai les choses de façon vide, c’était voir sans voir, je me concentrai sur les derniers évènements. C’était horrible ce qui venait de se passer, cette trahison c’était comme un millier de ronces qui me perçaient le cœur. Pourquoi la vie s’acharnait sur moi ? Trahis, presque morts, lente agonie, triste vie, funestes sont les choix qui m’ont conduit là. Le sort avait une morbide ironie, il pouvait prendre et donner en même temps. On m’avait donné un beau rôle et on me l’avait pris par un coup de poignard dans le dos de la fatalité et de l’amitié.

Tout ce qui se passa ensuite était comme un rêve, quelque chose d’irréel. S’échapper, s’éloigner de ce lieu, tout cela n’apparaissait creux. J’avais comme une perte de sens ou tout prenait une couleur terne et fade. Nécronion avait fait ce qu’il avait promis. Il m’expliqua, ce que Horacétius et lui avaient fait à propos de Théodore ou comment il en était arrivé là. Je me disais bien fortement que finalement, je ne connaissais que peu mon cher père adoptif. Il me racontait aussi que s’il avait changé, c’était en observant la façon dont je régnai, il pensait que j’étais une bonne personne et malgré son désir de vengeance contre les autres dieux, il me souhaitait de moins en moins du mal. Lorsqu’il avait été déchu de son titre, il avait renoncé à sa vendetta. Je sentais l’honnêteté en lui. Peut-être bien que Théodore puisse changer ? Il ne sera pas un mauvais souverain, n’est-ce pas ?


Fin de la partie 4

Fondation d'un Royaume

Galaad Night le 02 Déc 2025 à 08h29

Commentaires (0)

Cette image n'a pas encore reçu de commentaires.

Poster un commentaire

Vous devez être inscrit et connecté pour poster un commentaire.